« Les journalistes envahissent la cour. Dix caméras et vingt micros se tendent vers Carole. Elle est calme. Dans un instant de grâce, elle domine son trac. Elle impose facilement le silence et, de sa voix douce et chaleureuse, annonce sa candidature :
— Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, vous avez comme moi constaté l’engouement qu’a suscité ma candidature ces derniers jours. Après mûre réflexion, j’accepte ce fait spontané et parfaitement indépendant de ma volonté. Je ne me sens pas le droit d’interrompre le mouvement d’enthousiasme et de démocratie qui se développe actuellement.
— Quelles sont vos motivations pour être présidente de la République ?
— Parlons d’abord de mes motivations pour être candidate à la présidence de la République.
— Vous ne pensez pas être élue ?
— Je ne pense pas que les partis politiques et leurs responsables me laisseront obtenir les 500 signatures nécessaires au dépôt officiel de ma candidature...
— Parlez-nous de vous. Qui êtes-vous, Carole Verdier ?
— J’ai quarante-neuf ans. Je suis la maman de deux enfants. Je suis institutriceà l'école Jean-Jaurès. Je vis à Orléans avec mon mari Olivier. Voilà, vous savez tout...
— Quels sont vos passions, vos hobbies ?
— Etes-vous une militante ?
— Qui vous a désignée pour être candidate ?
Carole interrompt d’un geste cette avalanche de questions :
— Cela fait déjà trois questions ! Mes passions ? J’aime voyager, partir à l’aventure avec mon sac à dos, aller à la plage avec mes enfants, sculpter et me faire de nouveaux amis. Quelle était la troisième question ? Ah oui ! Qui m’a désignée pour être candidate ? Mais vous ! Vous, les journalistes qui avez relayé l’enthousiasme des internautes...
— Et Jacques Chirac ? Vous êtes bien la candidate lancée par Jacques Chirac ?
— Cette opération politique a été décidée depuis combien de temps ?
— Quels sont vos rapports avec l’actuel président de la République ?
Carole sent brusquement la situation lui échapper. Elle lève les bras pour essayer d’imposer le silence :
— Laissez-moi vous répondre, enfin ! Je ne connais pas Nicolas Sarkozy et je n’ai donc aucun rapport avec lui. Je ne connais pas vraiment non plus Jacques Chirac. Je ne l’ai rencontré qu’une seule fois, il y a deux jours.
Cette réponse soulève le groupe des journalistes comme un coup de vent lève la houle.
— Mais l’article dans La Montagne !
— Je n’ai pas inventé les propos de l’ancien président de la République ! confirme Benoît Chassignol.
— C’est bien lui et personne d’autre qui a lancé l’opération Carole Verdier !
— Jacques Chirac est un vieux loup politique, il ne fait rien au hasard !
Carole vacille sous les rafales quand elle voit entrer dans la cour une berline noire, dans laquelle elle reconnaît l’Homme de la Corrèze. »